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Journée internationale de la Terre Mère 2026

Par : Alina Reis et Robin Montano

 

Célébrée chaque année le 22 avril, la Journée internationale de la Mère Terre souligne une vérité cruciale : L’avenir de l’humanité dépend de la santé et de la résilience de notre planète. Reconnu par les Nations Unies, son observance appelle à un engagement renouvelé en faveur du développement durable, de l’action climatique et de la protection de la biodiversité, en accord avec les Objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 13 sur l’action climatique et l’ODD 15 sur la vie sur la terre (ONU, 2009).

Collectivement, ces efforts cherchent à répondre à un appel direct de la Terre Mère, un appel urgent à l’action alors que la nature continue d’endurer les conséquences de l’activité humaine. La question demeure : qui répondra à son appel ?

L’industrialisation et les avancées technologiques ont considérablement amélioré le développement humain, transformant notre façon de travailler, de voyager, de commercer, de construire des communautés et de vivre notre quotidien. Cependant, ces avancées ont également contribué à une ère marquée par la hausse des températures mondiales, l’accélération des pertes de biodiversité et une dégradation environnementale croissante. Ainsi, le besoin d’action collective n’a jamais été aussi urgent.

L’humanité a dépassé les limites matérielles de la Terre, déstabilisant les systèmes biophysiques mêmes qui ont soutenu la civilisation tout au long de l’Holocène (Fletcher et al., 2024). Ces impacts ne sont pas partagés équitablement : les populations vulnérables supportent de manière disproportionnée la montée des températures, l’insécurité alimentaire et hydrique, ainsi que l’effondrement des écosystèmes, aggravant encore les inégalités mondiales.

Dans la Grande Caraïbe, le changement climatique et la dégradation de l’environnement redéfinissent déjà la vie quotidienne. La montée du niveau de la mer, les ouragans plus forts, les sécheresses prolongées et l’augmentation des afflux de sargasse exercent une pression croissante sur les communautés et les écosystèmes, les inondations côtières, les dégâts aux infrastructures, la rareté de l’eau et la dégradation des écosystèmes perturbent les moyens de subsistance et réduisent les barrières naturelles de protection.

Ces impacts menacent des secteurs critiques tels que le tourisme, la pêche et l’agriculture, tout en sapant la biodiversité et augmentant les risques sanitaires et économiques pour les populations vulnérables. Les petits États insulaires en développement (PEID) sont particulièrement vulnérables, car leurs économies, leur sécurité alimentaire et leurs infrastructures sont étroitement liées à des environnements côtiers et marins fragiles (Rana & Ali, 2022).

Les données climatiques régionales indiquent une augmentation régulière des températures au cours du siècle dernier, certains notant même une hausse de 1,5°C des températures moyennes, avec des projections indiquant un réchauffement continu et des événements extrêmes plus fréquents (Taylor & Stephenson, 2017).

L’afflux croissant de sargasses dans la Caraïbe illustre clairement comment les changements environnementaux affectent déjà la région. Depuis 2011, des volumes sans précédent ont été évaporés sur la côte, submergeant les écosystèmes et communautés côtières ; rien qu’en juin 2018, environ 20 millions de tonnes ont été emportées le long des côtes caribéennes (FAO, 2023 ; Shelly-Ann & Karima, 2021).

Dans des pays comme la Barbade et Trinité-et-Tobago, ces accumulations ont perturbé le tourisme, la pêche et les moyens de subsistance côtiers. À mesure que les sargasses se décomposent, elles libèrent des gaz tels que l’hydrogène sulfuré et l’ammoniac, qui peuvent présenter des risques pour la santé et créer des conditions de vie désagréables pour les habitants à proximité (Shelly-Ann & Karima, 2021).

Nous avons déjà observé que cette menace touche les populations vulnérables de la Martinique et de la Guadeloupe, qui ont connu un important afflux en 2018, ayant entraîné la signalisation de 11 402 cas d’exposition aiguë aux gaz provenant des sargasses, certains patients ayant été hospitalisés en soins intensifs (Résiere et al., 2018).

Au-delà de la santé humaine, de grandes proliférations peuvent empêcher la lumière du soleil d’atteindre les récifs coralliens et les herbiers marins, réduire les niveaux d’oxygène dans les eaux côtières et menacer la biodiversité marine (FAO, 2023). Ces impacts se manifestent localement par la baisse des stocks de poissons, la fermeture de plages, des urgences de santé publique et l’augmentation des coûts liés à la gestion et au nettoyage côtiers.

Pour les petites entreprises et les communautés côtières qui dépendent fortement du tourisme et de la pêche, ces événements ont entraîné des pertes économiques et une vulnérabilité accrue. La crise des sargasses met en lumière la nature complexe et interconnectée des changements environnementaux dans la Grande Caraïbe, où la variabilité climatique, les schémas de circulation océanique et l’activité humaine s’interagissent pour produire des impacts locaux significatifs.

À travers la Grande Caraïbe, des efforts sont en cours pour relever ces défis environnementaux grâce à une combinaison d’innovation politique, de coopération régionale et d’actions communautaires. Les gouvernements et les organisations régionales investissent de plus en plus dans les stratégies d’adaptation climatique, notamment la gestion des zones côtières, la réduction des risques de catastrophe et la transition vers des sources d’énergie renouvelable.

Par exemple, plusieurs États caribéens ont étendu des initiatives solaires et éoliennes pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles tout en diminuant les émissions de gaz à effet de serre (Rana & Ali, 2022). Parallèlement, des approches écosystémiques telles que la restauration des mangroves et la conservation des récifs coralliens sont promues pour renforcer la protection côtière naturelle et la résilience de la biodiversité.

Les organisations de la société civile et les communautés locales jouent également un rôle crucial, menant des initiatives axées sur l’éducation environnementale, l’utilisation durable des ressources et les pratiques de conservation. Ces efforts conjoints contribuent non seulement à atténuer les impacts du changement climatique, mais permettent également un développement économique plus durable, renforcent la résilience des communautés et soutiennent la protection à long terme des ressources naturelles de la région.

Dans ce contexte, l’Association des États de la Caraïbe (AEC) joue un rôle crucial dans la promotion de la durabilité environnementale et de la résilience dans la Grande Caraïbe. Par le biais de sa Direction pour la réduction des risques de catastrophe, le tourisme durable, la mer des Caraïbes et l’environnement (DDTCE), l’AEC promeut des actions régionales coordonnées pour relever ces défis environnementaux, notamment le changement climatique, les sargasses, la perte de biodiversité et la pollution marine.

Pour soutenir ce mandat, l’AEC a fait avancer des initiatives ciblées telles que le Centre conjoint de recherche océanique Corée-AEC (CCRO C-AEC), conçu en collaboration avec l’Institut coréen des sciences et technologies océaniques (KIOST) pour être accueilli à INVEMAR à Santa Marta, Colombie, dans le but de créer un pôle océanique régional qui renforce la capacité régionale de recherche océanographique, partage de données et gestion durable des ressources marines.

De plus, à travers le projet Renforcement des opérations et services hydrométéorologiques dans les PEIDs des Caraïbes (SHOCS), l’AEC, en partenariat avec l’Institut météorologique finlandais, a œuvré à renforcer les systèmes d’alerte précoce, à améliorer la surveillance météorologique et climatique, et à renforcer les capacités techniques des États membres pour mieux répondre aux dangers liés au climat. Grâce à son cadre plus large de réduction des risques de catastrophe, l’AEC soutient en outre l’intégration de l’adaptation climatique et de la gestion des risques dans la planification nationale du développement, favorisant une culture de résilience et de préparation parmi les États membres et les Membres associés. En favorisant la coopération, le partage des connaissances et la participation inclusive des États membres et des Membres associés, l’AEC permet une réponse régionale plus unifiée aux défis environnementaux. Cela renforce ainsi la capacité de la Grande Caraïbe à protéger ses écosystèmes tout en faisant progresser les objectifs de développement durable.

En cette Journée internationale de la Terre Mère, le message est clair : protéger l’environnement n’est pas seulement une nécessité écologique, mais une responsabilité partagée qui sous-tend l’avenir de la Grande Caraïbe. Alors que le changement climatique s’intensifie et que les pressions environnementales continuent de monter, la région se trouve à un carrefour crucial, qui exige un engagement soutenu, une action collective et des solutions innovantes. À cet égard, l’Association des États de la Caraïbe continue de jouer un rôle clé dans le renforcement de la coopération régionale, la promotion de pratiques durables et le soutien à ses Membres dans la construction de la résilience face aux défis environnementaux. En fin de compte, répondre à l’appel de la Terre Mère demande plus que de la conscience, cela exige une action décisive pour rétablir l’équilibre et assurer un avenir résilient et durable pour les générations à venir.

 

Références

Taylor, M. A., & Stephenson, K. A. (2017). Impacts of climate change on sea temperature in the coastal and marine environments of Caribbean Small Island Developing States (SIDS). In Caribbean marine climate change report card: Science review 2017 (pp. 23–30). Caribbean Regional Fisheries Mechanism. https://crfm.int/~uwohxjxf/images/3._Sea_Temperature.pdf

FAO. (2023). WESTERN CENTRAL ATLANTIC FISHERY COMMISSION (WECAFC) NINETEENTH SESSION Bridgetown, Barbados, 6-8 September 2023 Impacts of Sargassum on marine resources in the region and utilization of initiatives. https://openknowledge.fao.org/server/api/core/bitstreams/67016b1b-08d1-…

Fletcher, C., Ripple, W. J., Newsome, T., Barnard, P., Beamer, K., Behl, A., Bowen, J., Cooney, M., Crist, E., Field, C., Hiser, K., Karl, D. M., King, D. A., Mann, M. E., McGregor, D. P., Mora, C., Oreskes, N., & Wilson, M. (2024). Earth at risk: An urgent call to end the age of destruction and forge a just and sustainable future. PNAS Nexus3(4). https://doi.org/10.1093/pnasnexus/pgae106

Rana, F., & Ali, A. (2022). RENEWABLE ENERGY TARGETS IN SMALL ISLAND DEVELOPING STATES. https://www.irena.org/-/media/Files/IRENA/Agency/Publication/2022/Nov/I…

Résiere, D., Valentino, R., Névière, R., Banydeen, R., Gueye, P., Florentin, J., Cabié, A., Lebrun, T., Mégarbane, B., Guerrier, G., & Mehdaoui, H. (2018). Sargassum seaweed on Caribbean islands: An international public health concern. The Lancet, 392(10165), 2691. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)32777-6

Shelly-Ann, C., & Karima, D. (2021). SARGASSUM WHITE PAPER: Turning the crisis into an opportunity | The Caribbean Environment Programme (CEP). Www.unep.org. https://www.unep.org/cep/resources/publication/sargassum-white-paper-tu…

United Nations . (2009). Resolution adopted by the General Assembly on 22 April 2009 ,63/278. International Mother Earth Day . Un.org. https://docs.un.org/en/A/RES/63/278

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